Covid-19, permis de tuer

Publié le 3 Avril 2020

Si le Coronavirus pouvait parler, voici ce qu'il nous dirait. Attention, poème décapant !

Je viens de Chine, une terre de choix,
Faut dire qu’ils mangent n’importe quoi,
Singes, chauves-souris, et même du chien,
Là, au menu, c’est pangolin.

Je suis partout, on n’me voit pas,
Dans tous les bars, c’est « corona »,
Covid-19, permis de tuer,
Foi de virus, j’vais pas m’gêner.

J’ai commencé comme une grippette,
Juste un gros rhume, hop sous la couette !
Puis j’ai montré mon vrai visage,
Je suis un tueur et j’ai la rage.

Puis j’accélère, je mets l’turbo,
La fièvre grimpe, t’as mal aux os,
Le souffle court, je t’ai ferré,
Tu vas crever, c’est ça l’idée.

Quand tu comprends, il est trop tard,
Tu m’appartiens, j’ai ton faire-part,
Y’a plus qu’l’hosto ou les prières,
Ça pue la mort, la mise en bière.

Je détruis tout sur mon passage,
Aux jeunes, aux vieux, le même message,
Protégez-vous, ayez la frousse,
Là où je passe, rien ne repousse.

Je suis sournois, j’avance masqué,
Mon seul conseil, restez cachés,
Si vous sortez, rasez les murs,
Hommes, femmes, enfants, je n’en ai cure.

Tous les joggeurs, prom’neurs de chiens,
Les resquilleurs du quotidien,
Y s’croient futés, plus forts que moi,
Faites gaffe quand même, je tire dans l’tas.

Aucun vaccin, j’suis trop malin,
Un hiéroglyphe pour vos méd’cins,
Ils cherchent en vain, c’est l’hécatombe,
A moi la gloire, pour vous les tombes.

Y’a plus d’école, plus un avion,
Tous cadenassés dans vos maisons,
Vos villes sont mortes, vos rues désertes,
Les bourses plongent, je me délecte.

Je me répands, rien ne m’arrête,
C’est le chaos sur la planète,
Vos technocrates, vos politiques,
N’ont rien vu v’nir, c’est pathétique.

Jamais d’leur faute, le même refrain,
Pas moi, c’est l’autre, j’y suis pour rien,
Réveillez-vous, populations,
Criez, gueulez, révolution !

Vous m’faites marrer sur vos balcons,
A applaudir, à l’unisson,
20 heures pétantes, comme un rituel,
Presqu’émouvante, votre ritournelle.

C’est grâce à moi qu’on parle d’eux,
Très cher payé, j’en fais l’aveu,
J’mets en lumière les oubliés,
Caissières, éboueurs, les méprisés.

Cynique hommage à vos soignants,
Routiers, livreurs et commerçants,
Aux infirmières, aux policiers,
Aux Parisiens sur l’île de Ré.

Je suis partout dans vos télés,
La nouvelle star, mieux qu’Mbappé,
Je kiffe Zemmour, c’est mon héros,
Vos « je sais tout », des rigolos.

Sur les réseaux, les chaînes info,
Chacun y va de son tuyau.
Tout le monde sait mieux que son voisin,
Surtout un masque, s’laver les mains.

Vous me vaincrez, une question d’heures,
Dans quelques jours, je suis beau joueur,
Pendant ce temps, j’bats des records,
Dans mon sillage s’empilent les morts.

Premier qui trouve, c’est le gros lot,
Une belle aubaine pour les labos,
Mais j’vous préviens, n’oubliez pas,
L’Afrique, les pauvres, tous les sans-voix.

Comme d’habitude, il faut un drame,
Pour être poli, bonjour Madame,
Quand j’serai parti, vous f’rez la ronde,
J’le vois déjà vot’ nouveau monde.

On s’tient la main, une nouvelle danse,
Puis l’amnésie, tout recommence.
On va s’aimer, mes sœurs, mes frères,
Mais entre nous, je n’y crois guère.

Pour terminer, de bonnes nouvelles,
La terre respire, la flore est belle,
L’herbe repousse, la faune revit,
On va finir par m’dire merci.

C’est cette leçon, que je vous donne,
Retenez-la, au nom des Hommes,
Ils ont juré, plus de bassesses,
Ou je reviens, c’est une promesse…

Bertrand Ducreux

Rédigé par Maguy Dubousquet Journaliste indépendante

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